Vie de Tao

La Fontaine de Jouvence

Par Derek Lin

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Lorsqu’elle se retrouva dans le monde d’Oz, Dorothée désirait une chose plus que toute autre : revenir chez elle. C’est ainsi qu’elle se lança à la recherche du Magicien, une quête parsemée de défis.

Après bien des péripéties, elle rencontra enfin le Magicien. À son grand dam, elle découvrit que la réalité ne correspondait pas au mythe. Le puissant Magicien était en fait une illusion. Un imposteur.

Un dénouement heureux attendait Dorothée cependant. Elle se rendit compte qu’elle n’avait pas vraiment besoin du Magicien après tout. Tout qu’elle devait faire était de claquer des talons et de dire, à trois reprises : « On n’est vraiment bien que chez-soi ». L’ironie du sort voulait qu’elle détenait la réponse depuis le début. La solution ne s’était jamais vraiment écartée d’elle.

Comme Dorothée dans le monde d’Oz, bon nombre d’entre nous, vivant dans le monde matériel, désirons une chose plus que tout : rester jeune, énergique et en bonne santé. Nous sommes à la recherche de la Fontaine de Jouvence, une quête parsemée de défis.

À l’instar du Magicien d’Oz, la Fontaine de Jouvence emprunte diverses formes illusoires. Nous dépensons des milliards de dollars dans l’achat de multiples solutions promettant jeunesse, santé et énergie. Tant de produits se disputent ce marché : pilules de ginseng, pilules d’ail, extraits de fines herbes ; comprimés de vitamines, tablettes de calcium, huile de foie de morue ; programmes d’entraînement physique, programmes de régime alimentaire, machines et gadgets... nous essayons tout, et pourtant ne pouvons échapper aux effets du vieillissement.

Il y a environ 500 ans, Juan Ponce de Leon s’engagea dans une semblable recherche (semblable, mais bien sûr différente - pour lui, la Fontaine était un endroit réel et non pas quelque produit dont on pourrait passer commande sur la chaîne télé des achats maison). Il avait appris des habitants de Puerto Rico que, quelque part dans l’île de Bimini, existait une fontaine détenant le pouvoir magique de restaurer jeunesse et vigueur pour celui qui se baignait dans ses eaux.

Il ne l’a jamais trouvée. En 1521, il périt dans la douleur, mortellement atteint par une flèche empoisonnée. Son histoire n’a pas eu d’heureux dénouement.

Ma quête

Avance rapide jusqu’à l’année 1990. Un autre explorateur - nul autre que celui qui écrit ces lignes - partit à la recherche d’une santé meilleure. J’ai exploré le savoir offert dans les livres, seulement pour me trouver face à un étalage déroutant d’expertises, chacune exprimant des opinions différentes et contredisant, parfois de manière brutale, telle autre.

(À ce titre, pas grand-chose a bien changé en dix ans. Aujourd’hui nous avons le régime controversé de graisse-et-viande du Dr. Atkin contre celui à faible teneur en matière grasse, à calories réduites, et riche en fibres. Qui croire ?)

Comme bien des célibataires, je mangeais ce que je voulais pour ensuite l’éliminer à l’aide de rigoureux exercices. Je pratiquais l’haltérophilie et gravissais le célèbre escalier de la 4e rue à Santa Monica. M’en tenant à cela, peu à peu je me suis tonifié, puis ai gagné de la masse musculaire.

Ce n’était pas vraiment la Fontaine de Jouvence cependant. Certes, j’étais plus grand et plus fort, mais je ne me sentais pas beaucoup plus énergique qu’avant. J’avais toujours besoin de huit heures de sommeil par nuit, et faisais souvent la grasse matinée jusqu’à midi lors des week-ends. Au bureau, je buvais beaucoup de café, question de demeurer alerte.

Transformée, mon apparence extérieure se voulait certes plus imposante ; mais mon état de santé interne n’était pas très différent de ce qu’il était auparavant - pas mauvais, mais pas excellent non plus. J’avais trouvé le Magicien, pour découvrir que la réalité ne correspondait pas au mythe.

Nouvelle avance rapide jusqu’à l’année 1995. Je venais tout juste de commencer à explorer le monde du végétarisme. Au cours mes recherches, je suis venu à l’encontre de bien des nouvelles idées, et certaines allaient même à l’encontre mes anciennes croyances. Cependant, je restais ouvert d’esprit et continuais à explorer. Graduellement, certaines notions s’ordonnaient en mon esprit, comme les pièces d’un puzzle.

J’appris que le processus de digestion pouvait saper nos réserves d’énergie. Voilà pourquoi on se sent immanquablement fatigué et somnolent après un grand repas. En trouvant le moyen de réduire la quantité d’énergie nécessaire à la digestion de la nourriture, on peut utiliser l’énergie excédentaire à d’autres fins.

La meilleure façon de réduire la quantité d’énergie nécessaire à la digestion est de consommer des aliments faciles à digérer - des fruits et des légumes, par exemple. Les féculents et les viandes exigent plus de travail, donc plus d’énergie, pour se transformer.

J’avais toujours pensé qu’on avait besoin d’un petit déjeuner copieux pour bien débuter la journée. Il est vrai que je me sentais toujours un peu groggy le matin, mais je me disais que je n’étais tout simplement pas « matinal ». Quand les collègues me saluaient le matin et que j’étais lent à répondre, je marmonnais invariablement que je n’avais pas encore pris mon café.

Jamais n’avais-je soupçonné que ma léthargie était due à la nécessité du corps de transformer lard, saucisses, produits laitiers et hydrates de carbone que j’avais fourrés en lui. Avec le recul, ça me semble si évident. Les rares jours que je sautais le petit déjeuner, j’étais quand même en mesure de me débrouiller tant bien que mal jusqu’à l’heure du lunch. Comment pouvait-il en être ainsi, si un petit déjeuner copieux était aussi important que chacun le croyait ? Que se produirait-il si je tentais une nouvelle approche ?

En 1998, je décidai de tenter le coup. J’étais curieux de découvrir les sensations que j’en retirerais. Je changeai mes habitudes et débutai chaque jour avec des fruits et des légumes - et rien d’autre. Les vieilles habitudes ont la vie dure ; et si ces changements m’apparurent un peu étranges au début, je commençai à sentir la différence après que les effets de ma nervosité initiale se fussent estompés. Je ressentis la montée subite d’énergie et de vitalité qui, croyais-je, était inaccessible à un oiseau de nuit comme moi.

D’autres résultats s’ensuivirent rapidement. De deux tasses, je réduisis mon café du matin à une seule tasse. Cette pratique a persisté jusqu’au jour où je me rendis compte soudain qu’il était déjà midi, que je n’avais pas encore pris un seul café et que je n’avais pas bâillé, pas même une seule fois. Mon esprit était clair et je pouvais me concentrer avec aisance. Je n’avais pas besoin de caféine.

Graduellement mes habitudes de sommeil se transformèrent aussi. Faire la grasse matinée le samedi et le dimanche, je n’en avais tout simplement plus besoin. Ceci n’a pas manqué d’étonner ma famille - on ne m’avait jamais vu refuser quelques heures de sommeil supplémentaires. On soupçonna des extra-terrestres de m’avoir kidnappé et de m’avoir remplacé par un androïde.

La quantité de sommeil dont j’avais besoin par nuit est passée de huit heures à sept, puis à six. En un an, j’ai gagné l’équivalent de 15 jours - un demi mois - de conscience utile, en ayant simplement besoin de moins d’heures de sommeil.

Comme une surprise, un autre changement est survenu : mon teint s’est amélioré de manière spectaculaire. Auparavant il était toujours sec et tanné au toucher ; or maintenant il était lisse, clair et souple. Je me sentais... jeune.

Comme la plupart des gens, j’avais toujours su que les fruits et les légumes étaient bons pour la peau. Étant un homme, je n’avais jamais prêté beaucoup d’attention à ce brin de sagesse folklorique, mais à présent je l’éprouvais de première main. La différence était remarquable. On aurait vraiment dit que j’avais renversé, à un petit degré, le processus de vieillissement. Comment cela pouvait-il être possible ? J’effectuai quelques recherches pour apprendre que ce n’était pas aussi tiré par les cheveux qu’il ne me le paraissait de prime abord.

L’équilibre

Tout cela se résume à un travail d’équilibrage entre radicaux libres et antioxydants. Les radicaux libres sont des molécules qui, par leur nature fortement réactive, produisent un effet nuisible sur les cellules du corps. Les antioxydants, d’autre part, contrent l’effet préjudiciable - nommé oxydation - des radicaux libres. Yin et yang.

L’oxydation se produit partout autour de nous. Que l’on remarque comment les bandes élastiques sont douces et souples au début, mais deviennent à la longue raides et fragiles. Voilà les radicaux libres à l’œuvre. Que l’on imagine le même effet appliqué à notre corps sur des décennies. C’est pourquoi, nous commençons dans la vie jeunes et souples, et devenons à la longue vieux et raides.

Les antioxydants, comme leur nom le laisse entendre, retardent le processus d’oxydation. Ils semblent même avoir un effet défensif. La vitamine E et le bêta-carotène semblent protéger les membranes des cellules contre les dommages, et la vitamine C semble retirer les radicaux libres de l’intérieur de la cellule. En réduisant l’impact des radicaux libres, les antioxydants peuvent permettre au mécanisme normal de régénération des cellules de se réparer et d’effacer les dommages déjà causés.

Pendant notre jeunesse, le corps produit suffisamment d’antioxydants pour parer la présence des radicaux libres. Mais lors de notre vieillissement, le stress et la pollution conspirent à augmenter la quantité de radicaux libres dans le corps. Pour tout résultat, un déséquilibre.

Ainsi, il apparaît clair que nous pouvons inverser cet équilibre simplement en diminuant les radicaux libres et en augmentant les antioxydants dans le corps. Au matin, manger des fruits et des légumes au lieu du lard et des saucisses produit exactement cet effet. Par conséquent, en plus de libérer de l’énergie, cette pratique offre également des avantages significatifs d’anti-vieillissement. La Fontaine de Jouvence !

Jeunesse intérieure

La leçon la plus importante à tirer de tout ce qui précède est la notion selon laquelle une solution véritablement efficace sourd de l’intérieur. En se transformant au niveau cellulaire, on obtient des progrès qui irradient vers l’extérieur, progrès qui embrassent chaque aspect de notre santé.

La consommation de caféine, quelle qu’en soit la provenance (café, thé, boissons non alcoolisées, ou pilules), est une tentative de transformer quelque chose d’interne (notre énergie) en ayant recours à des stimulus externes - une solution provenant de l’extérieur, vers l’intérieur. Elle peut s’avérer efficace pour une courte période, mais on sait que ses effets positifs ne peuvent durer. La stimulation se dissipant tôt ou tard, notre corps demeure au même niveau de santé qu’auparavant. Il n’y a aucun changement fondamental, ni aucune amélioration véritable.

Il est également important de reconnaître que chacun - même le plus las, le plus fatigué d’entre nous - possède toujours la capacité de regagner le vaste stock de vitalité qui est son droit de naissance. Ce n’est pas tant que l’on gagne de l’énergie en changeant nos habitudes alimentaires ; on se trouve plutôt à lever les obstacles qui contrecarrent la manifestation de notre pleine énergie.

C’est l’analogie physiologique de l’enseignement selon lequel chacun possède un Moi véritable, pur et parfait qui, avec le temps, s’obscurcit sous l’effet des multiples distractions et tentations du monde matériel. Nous débutons tous dans la vie avec une réserve d’énergie illimitée, un enthousiasme maximal, une curiosité sans fin et un entrain pour la vie. Il suffit de jeter un coup d’œil à ces enfants en bas âge pour se rappeler que nous étions exactement ainsi il n’y a pas si longtemps. D’une manière ou d’une autre, alors que nous vieillissons, nous accumulons nombre d’habitudes autodestructrices et limitatives ; nous nous écartons de plus en plus de cette joie, si pure, qui était nôtre lors de notre tendre enfance.

Si l’on pousse cette idée plus loin, on en vient à réaliser que l’ultime Fontaine de Jouvence se trouve à l’intérieur. On l’a toujours portée à l’intérieur de soi. La rechercher dans les remèdes externes tels que les produits de beauté ou la chirurgie plastique ne serait aucunement dissemblable à la folie de Ponce de Leon. Pourquoi courir après une chimère quand l’on détient depuis toujours la clef - au risque de recevoir quelques flèches empoisonnées pour notre embarras ?!

La Voie de briques jaunes pavée

Tous les compagnons de Dorothée désiraient obtenir quelque chose du Magicien d’Oz. Le Lion voulait le courage, le Robot la compassion et l’Épouvantail l’intelligence.

À la fin de l’histoire, tout se passe comme si les souhaits de chacun se sont réalisés. Le Lion reçoit une médaille, le Robot un cœur et l’Épouvantail un diplôme.

Mais tout comme Dorothée en vint à réaliser qu’elle détenait le pouvoir de revenir chez elle tout au long de ses aventures, cette même vérité s’appliqua également à ses compagnons. La médaille, le cœur et le diplôme étaient de simples symboles palpables pour les attributs intangibles qu’ils possédaient déjà. Tout au long de l’histoire, le Lion fait preuve de véritable courage, le Robot se montre toujours à la hauteur de l’authentique compassion et à maintes reprises l’Épouvantail fait étalage de son intelligence et de sa débrouillardise. Nul n’avait vraiment besoin de symboles externes pour incarner l’idéal qu’il aspirait à devenir.

Quand nous le regardons sous cet œil, Le Magicien d’Oz est la quintessence du récit taoïque. Il nous enseigne une leçon précieuse et applicable à bien des égards dans la vie. Si on l’applique à la recherche de la Fontaine de Jouvence, elle devient vite éclairante.

Ma quête initiale pour une meilleure santé se comparait à celle de Dorothée pour sa maison. Bien que j’y eusse investi moult efforts, le résultat obtenu tendait à être aussi superficiel que les impressionnantes manifestations sonores et visuelles du Magicien.

Le Magicien s’avéra être un allié fort utile à Dorothée par la suite, mais il n’était pas la solution à ses recherches. De même, l’exercice physique m’a procuré bon nombre d’avantages véritables, que j’ai appréciés d’ailleurs, mais ce n’était pas le facteur crucial favorisant une santé globale. Mon incapacité à le comprendre m’a amené à me concentrer sur l’externe (les muscles) aux dépens de l’interne (l’alimentation). Pour tout résultat que je n’éprouvais pas constamment l’abondance d’énergie qui était mon objectif initial. Entre les séances d’entraînement, j’avais souvent besoin de beaucoup de repos.

Je considère toujours l’exercice physique comme important, mais j’ai également appris qu’il est bien plus important encore d’instaurer une amélioration véritable en travaillant de l’intérieur, vers l’extérieur. Consommer fruits et légumes au matin est une bonne façon d’atteindre ce but. C’est une solution fondamentale et naturelle, élégante dans sa simplicité, et bien plus efficace que toute boisson à protéines ou barre d’énergie ne saurait être.

Dorothée et ses compagnons découvrirent qu’ils détenaient depuis toujours l’objet de leur quête. Ils ne se rendaient pas compte qu’ils l’avaient à portée de main, mais ils ne l’ont jamais perdu non plus. Nous considérons notre solution avec semblable ironie. Les fruits et les légumes ont toujours été aisément disponibles dans n’importe quel supermarché, et nous les avons remarqués tant de fois sans réaliser leur véritable valeur.

Comme les chaussures de Dorothée, la véritable Fontaine de Jouvence ne s’est jamais séparée de nous. Maintenant nous savons ce qu’éprouva Dorothée lorsqu’elle claqua des talons !