Vie de Tao

La réincarnation et les sceptiques

Avril 2000

La réincarnation est comme le lapin Energizer. Toujours elle poursuit son chemin. C'est un concept qui dure ; il résiste au passage du temps en dépit des nombreuses attaques des sceptiques. En considérant sa longue histoire, on ne peut s’empêcher de se demander comment une croyance aussi ancienne arrive encore à fasciner certains esprits modernes et développés, en cette époque où d'autres idées de l'Antiquité (la terre plate par exemple) ont depuis longtemps été rejetées.

Les adeptes du I-Kuan Tao considèrent la réincarnation comme une vérité évidente en soi, mais en Occident une telle conclusion est loin d’être universellement reçue. Le fait que la science nous ait permis de réaliser tant de choses en ce monde nous amène peut-être à tout mesurer selon ses normes. Que la spiritualité soit non physique et que les méthodes de la science soient enracinées dans la réalité physique nous importe peu, semble-t-il. Nous voulons toujours savoir s’il est possible de « prouver » la réincarnation.

J'observe d’intéressantes manifestations de la nature humaine au cours de ce grand débat. Par exemple, souvent les sceptiques se qualifient d’individus raisonnables, intelligents et instruits ; aussi se placent-ils au-dessus des croyants. Jetez un coup d'œil à cet échange concret entre deux sceptiques:

Sceptique A: « Une des doctrines les plus fondamentales du Bouddhisme est l’anatman (anatta), qu’on peut traduire par : “non-âme”, “non-Moi”, “non-ego”, etc. Le Bouddhisme considère explicitement l'existence de l'âme (du Moi, de l’ego) comme illusoire. Ce serait donc cette illusion qui est “réincarnée”. »

Sceptique B: « La réincarnation d'une illusion... mmm… Voici maintenant un nouveau concept pour le Nouvel âge. »

Sentez-vous l'arrogance qui transpire de ces mots? Pas très attrayant, n’est-ce pas? Il apparaît que ces deux individus considèrent les croyants comme des imbéciles, des ignorants qui manquent d'objectivité.

Il est ironique de constater qu’en fait ce sont ces deux sceptiques qui s’avèrent ignorants. Ils appuient leur raisonnement sur un simple malentendu de la doctrine bouddhiste. Ce que le Bouddhisme considère illusoire n'est pas et n'a jamais été l'âme, mais plutôt notre isolement individuel ou notre séparation les uns des autres.

« Le Moi est une illusion. » Ceci signifie tout simplement que vous et moi ne faisons qu’un. Nous sommes un tout relié, des gouttelettes d'eau dans l'océan métaphysique des âmes. Nous empruntons l’aspect d’individus dans cet univers physique afin d’accélérer notre apprentissage et notre croissance spirituelle, mais à la fin nous réintégrons l'océan et fusionnons avec lui. La totalité de cet océan cosmique porte bien des noms - Nirvana, Dieu, Tao, Lao Mu, Âme universelle - mais peu importe la façon dont nous choisissons de l’appeler, vous et moi en faisons partie. Nous ne pouvons jamais être véritablement séparés de lui, ou les uns des autres.

Une autre manière d’envisager ce concept est de nous considérer nous-mêmes comme des cellules individuelles dans l’étendue de l’univers. De même que chaque cellule est un monde en elle-même, chacun de nous possédons une personnalité unique; exactement comme les cellules qui, dans un organisme, forment un tout indivisible, nous aussi sommes inextricablement liés les uns aux autres. L'idée d’un « Moi » limité ne s'applique tout simplement pas lorsque l’on fait un avec la plus grande totalité.

N'est-ce pas là un excellent enseignement? Ne comprenant rien à l’essentiel, les deux sceptiques cités ci-dessus se révèlent être d’imbéciles ignorants... au cours d’une manifestation plutôt intéressante de la nature humaine.

Dans leur ardeur à démontrer leur justesse, souvent les sceptiques s’égarent bien loin du véritable esprit de la recherche scientifique - bien qu’ils se perçoivent comme des champions de la science. Une fois confrontés à une évidence irréfutable ou à des faits troublants, difficilement explicables sans avoir recours à la réincarnation, ces gens sont susceptibles de prononcer un vif rejet : « Il y aura toujours des mystères inexpliqués. Ça ne signifie pas nécessairement que la réincarnation soit vraie. »

Il y a un problème avec cette position : on peut y avoir recours pour rejeter à peu près chaque preuve en faveur de la réincarnation. Aucune place pour de nouvelles découvertes; tout doit se conformer à un paradigme préconçu selon lequel aucun phénomène paranormal peut être vrai. On appose l’étiquette « inconnu » à tout ce qui ne s'adapte pas à ce paradigme et l’on ignore ces faits, peu importe à quel point ils peuvent s’avérer irrécusables.

Existe-t-il des preuves aussi solides et convainquantes dans le domaine de la réincarnation? Oui. Par exemple, tous ceux qui le désirent peuvent examiner les études méticuleuses du Dr. Ian Stevenson sur des enfants éprouvant des souvenirs spontanés de vies passées.

Parmi les nombreux cas véridiques rapportés dans les dossiers du Dr. Stevenson, on retrouve celui d’un jeune garçon qui se rappelle avoir été un mécanicien décédé lors d’un accident de voiture. Dans l’impossibilité de nous apprendre quoi que ce soit au sujet du mécanicien, le garçon put néanmoins dénommer spécifiquement et avec exactitude le conducteur, les lieux de l’accident, les membres de la famille du mécanicien ainsi que les amis de ce dernier.

On dénombre environ trois mille cas comme celui-ci, tous scrupuleusement documentés et vérifiés. Il est possible que certains d'entre eux s’expliquent par d’éventuels canulars, coïncidences ou fabulations, mais pas tous. Un penseur vraiment objectif ne peut qu’attribuer un certain poids à cette montagne d'évidence.

Cependant les sceptiques tentent de la discréditer, indiquant que les cas recensés par le Dr. Stevenson proviennent en grande partie d'Inde et d'autres pays de l’Orient, là où la réincarnation est une notion beaucoup plus admise. Les enfants de telles cultures sont influencés par leur environnement, soutiennent-ils, et sont donc bien plus susceptibles d’inventer de semblables histoires en se plaçant eux-mêmes dans le rôle vedette.

Regardons cette affirmation de plus près et posons-nous quelques questions. Absence de preuve signifie-t-elle nécessairement preuve d’absence? En d'autres termes, qu’implique réellement la relative pénurie de cas aux États-Unis? Cela signifie-t-il que les enfants américains n’inventent pas d’histoires à propos de vies antérieures, ou bien alors qu'ils sont moins susceptibles de partager leurs réminiscences au sein d’un environnement où la réincarnation est loin d’être universellement acceptée?

Autre question à considérer: Si les enfants occidentaux décidaient d’exprimer leurs souvenirs, leurs parents s’en rendraient-ils même compte? Arriverait-il seulement à ces derniers d’admettre la réincarnation comme possible explication d’un tel témoignage, ou le considéreraient-ils simplement comme l’étalage d’une imagination enfantine en pleine action?

Les enfants qui se rappellent leurs vies antérieures sont tout simplement en train de s’inventer un scénario coloré et basé sur un conditionnement culturel, pourrait-on avancer. …Mais comment alors expliquer dans les cas du Dr. Stevenson tous ces détails concordants qui repoussent les limites du vraisemblable?

À la lumière de ces faits, je me permets de croire que vous devinerez combien il est difficile de maintenir la position sceptique. C'est essentiellement une excuse facile, non pas le fruit de la véritable pensée scientifique.

Quelque chose est à l’œuvre ici. Quelque chose de merveilleux. Pourquoi scruter chaque explication possible alors que la plus évidente suffit amplement? Pourquoi devrions-nous tomber à nouveau dans les « Je ne sais pas » ou les « Je ne suis pas sûr » et aussitôt tirer le rideau sur le problème?

Vraiment, il y a là de quoi se réjouir. Nous parlons ici de quelques raisons éloquentes pour qu'une personne ouverte d’esprit accueille favorablement et considère sérieusement la notion selon laquelle la mort physique n'est pas la fin. Nos âmes se remettront en route. Avec l’assistance de maîtres et d’esprits apparentés (ou âmes sœurs), nous déterminerons le prochain ensemble d’enseignements lors d’une prochaine incarnation. Le processus continue et nous, comme le lapin Energizer, poursuivrons indéfiniment notre chemin, encore et encore et encore et encore…