
« On pourrait comparer le Zen au vieux voleur qui mena son fils dans un manoir et lui demanda dentrer dans une penderie de plain-pied pour voler quelques vêtements. Dès que le fils pénétra dans la penderie, le père referma la porte et le verrouilla à lintérieur. Puis il traversa le couloir à toute vitesse, martelant portes et murs, avant de senfuir dans la nuit. « Les résidants tirés du sommeil par ce vacarme regardèrent autour deux et réalisèrent quil pourrait encore y avoir un voleur dans la maison. Il se réunirent, allumèrent une bougie, et entreprirent linspection méthodique de chaque pièce. « Le fils, toujours emprisonné dans la penderie, se trouvait en bien mauvaise posture. Désespéré, il fit des bruits de souris qui attirèrent lattention des investigateurs. Le maître du manoir ordonna à son domestique de déverrouiller la penderie. Le jeune homme jaillit dehors, souffla sur la bougie, écarta le domestique de son chemin et senfuit à toutes jambes. Les résidants irrités se regroupèrent et le poursuivirent. « Le jeune homme ne pouvait les semer. Mais soudainement, il aperçut un puits devant lui et eut une idée. Il lança une lourde pierre dans le puits et sengagea à toute vitesse dans une nouvelle direction. Les résidants entendirent léclaboussement et supposèrent quil était tombé dans le puits, ou quil avait sauté dedans : ils le recherchèrent en cet endroit. « Grâce à ce stratagème, le jeune homme put séchapper sans problème. Il retourna à sa demeure et raconta à son père ce qui sétait produit. Une fois le récit terminé, le père déclara : "Tu es prêt à devenir un voleur désormais." » Bon. Quel est le but de cette histoire plutôt verbeuse ? Que voulait dire le cinquième patriarche en soutenant que le Zen était comparable à ces personnages ? Réfléchissez-y pendant quelques instants avant de poursuivre votre lecture. Pouvez-vous deviner la signification de cette histoire ? La question principale est que, finalement, le Zen et le Tao sont des concepts à être compris de manière personnelle. Un étudiant du Zen et du Tao est comme le jeune homme dans cette histoire, et le maître est comparable au père. Un véritable maître offrira une certaine quantité de conseils et mènera éventuellement le disciple à une épreuve personnelle. Car pour chaque parcelle de sagesse à gagner, il est une épreuve correspondante qui a lieu aussi bien dans le cur que dans lesprit. Lorsquon subit ce processus, on est demblée comme le jeune homme, emprisonné, seul dans lobscurité. La serrure qui nous maintient emprisonné nest pas une serrure matérielle. Elle représente plutôt un obstacle à la compréhension ; la perspicacité est la clé pour la déverrouiller. Dans un moment aussi critique, il nen revient quà soi de provoquer les événements. Nul ne peut nous aider. Et pourquoi cela ? Par ce qui précède nous avons décrit le processus, mais pas la raison. Pourquoi doit-on accomplir cet acte tout à fait seul ? Par leur nature même, le Zen et le Tao sont fortement personnels. Si quelquun tentait de vous les expliquer, tout ce que vous obtiendriez ne serait que sa propre version : une compréhension personnelle exprimée par le support imparfait des mots. Ce ne sera toujours pas votre propre entendement, puisquinvariablement quelque chose se perd dans toute transition. La compréhension dautrui se rattache à des intuitions et à des perceptions individuelles, lesquelles ne sont et ne pourront jamais être vos propres intuitions et perceptions. Afin de rendre le Zen et le Tao exclusivement nôtres on devra trouver une sortie hors du labyrinthe de notre cur. C'est la seule voie. Cette évasion aura pour but la prise de conscience et lunité. Durant cette envolée mentale, nos poursuivants sont les forces de lignorance et les idées fausses ; lorsquon arrive à séchapper delles, la compréhension se fait jour, et une ampoule sallume dans notre esprit. On éprouve alors ce moment magique (« eurêka ! ») et remportons alors une autre part de Vérité. Voilà le but de létude du Zen et du Tao - des découvertes personnelles menant à lillumination personnelle. Dans le contexte de notre histoire daujourdhui, il est question de mériter le titre de voleur ce qui, en retour, signifie faire un autre pas vers un accomplissement personnel digne du maître véritable. |
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