Saisir le jour

Par Derek Lin

Voici une devinette pour vous : Que voyez-vous dans la grille ci-dessus ? Que représente-t-elle, selon vous ?

D’accord, ce n’est pas une devinette bien difficile. La réponse est : « un an ». Les colonnes représentent les jours, et les lignes les douze mois de l’année. Ainsi, chaque jour de l’année occupe une case.

« D’accord, et puis ? », demandez-vous.

Quand je regarde cette grille, un frisson me parcourt le dos. Vous voyez, je suis habitué à percevoir une année comme une longue période de temps. Il est de fortes chances pour que ce soit également le cas pour vous. Mais quand un an est représenté de la sorte, et que l’on peut embrasser chaque jour de l’année du même coup d’œil, soudain une année ne semble plus aussi longue.

Cette grille est l’esquisse d’un planificateur annuel, outil disponible dans n’importe quel magasin de fourniture de bureau. C’est une chose tout à fait ordinaire et commune. Pourquoi devrait-il différer du calendrier annuel régulier qui montre la même chose, mois par mois ? Je ne sais. Peut-être est-ce parce que nous avons été également conditionnés à percevoir un mois comme une longue période de temps. Peut-être le nombre irrégulier de jours par mois et les espaces entre les mois contribuent-ils à cette illusion.

De toute façon, faire face à cette grille et contempler sa signification est une expérience grave d’intensité pour moi. On biffe une case au passage de chaque jour, et nulle puissance humaine ou céleste ne pourra nous redonner ce jour. Une fois qu’il est passé, il s’en est allé pour toujours. Et quand une autre année sera terminée, toutes les cases auront été biffées, irrévocablement perdues. On passera à une autre grille.

De combien de grilles supplémentaires disposez-vous ? Pour ma part, peut-être une quarantaine de plus, si je suis chanceux. Et qu’est-ce que le numéro quarante ? Il peut être exprimé par une matrice de cinq par huit. Le nombre de planificateurs annuels qu’il me reste remplissent cette nouvelle matrice représentant ma vie. Avec le passage de chaque année, une case de cette minuscule matrice disparaîtra, pour ne plus jamais être.

Si je suis chanceux. Dans le cas contraire, ma matrice – la vôtre aussi – contient alors considérablement moins de cases. Tout ce que je sais, c’est qu’il me reste probablement quelques autres planificateurs annuels. C’est aussi vrai pour vous.

En considérant les choses de cette façon, on en vient à une conclusion inéluctable : la vie, en effet, est trop courte. On a entendu cette platitude si souvent qu’elle en a perdu sa puissance. Mais maintenant, vu sous cet angle neuf, le message recouvre sa force, trop souvent oubliée. Nous, chacun et chacune d’entre nous, n’avons vraiment pas beaucoup de temps à notre disposition en ce monde. Si la vie est une leçon, c’est un cours intensif.